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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/312

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sourcils d’or bruni. Elle voulait savoir s’ils s’aimaient. Elle était venue pour cela encore plus que pour le voir, lui. Esclave de cette avide et cruelle préoccupation, elle avait oublié de s’asseoir dans le fauteuil que Calixte avait traîné vers elle, et, debout, les bras appuyés sur le bois doré du lit où Néel était étendu, avait — serrée comme elle l’était dans son châle bleu qu’elle tenait toujours collé à ses hanches et qui lui faisait comme une tunique par-dessus sa robe sombre — l’attitude pensive de la Polymnie. Immobile, elle observait en silence. Elle s’imbibait lentement de douleur. Elle s’en pénétrait pendant que son père et le vicomte Éphrem disaient leurs joyeusetés autour de Néel, exalté, triomphant, et couché sur ce lit de soie verte avec l’air superbe qu’il aurait eu sur un pavois de lauriers.

« Il l’aime ! » — pensait-elle, mais il lui était impossible de savoir si Calixte partageait l’amour qu’elle inspirait à Néel. Calixte, la pure et tranquille Calixte, échappait au regard qui l’étudiait et qui cherchait en elle l’ombre d’un trouble. Elle y échappait comme l’éther échappe à la vue dans les profondeurs bleues du ciel. « Elle est peut-être trop malade pour aimer, » se disait Bernardine, car le bruit qui courait dans le pays, et qui était venu jusqu’à elle, d’une incompréhensible maladie qui dévo-