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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/307

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— mais ce serait peut-être une raison de plus pour qu’il souffrît de ma présence. Vous êtes jeune, Néel, et vous avez du cœur : mais moi je connais les hommes, et j’ai le droit de me défier d’eux. Ce que je suis à votre père, aucun service rendu à son fils ne pourrait l’effacer. Je serai toujours pour lui un… Il s’arrêta en voyant l’air de sa fille et n’acheva pas le mot terrible. Puis en reprenant : Ne faisons donc pas des visites d’un vieillard d’horribles corvées, et que, sans dégoût, il puisse revenir, quand il lui plaira, s’asseoir au chevet de son enfant.

Néel insista en vain, — fortement, — Calixte aussi, mais d’une voix plus faible, car elle avait conscience de l’effet que produisait son père, et son séjour dans ce pays où tant de détails avaient marqué cet effet redoutable n’avait pu la blaser sur la honte, — l’immense honte qu’elle n’épuisait pas ! La tache d’un rouge hâve qu’elle avait presque sous les yeux, tant c’était haut sur la pommette pâle ! révélait toujours cette honte, quand elle y pensait… Mais Sombreval ne voulut rien entendre, et il se sauva.

— Quel homme, Calixte, que votre père ! — dit Néel, car sincèrement il l’admirait.

— Ah ! fit-elle, c’est plus qu’un génie, c’est une âme, lui qui ne croit pas à l’âme ! Pauvre père ! Mais voici le vôtre, Néel, j’entends sa