Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/304

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour en faire jaillir cette goutte de vie à laquelle il voulait boire, — mourir sous vos yeux, pour qu’au moins, si vous ne m’aimiez pas, vous ne puissiez plus jamais m’oublier !

Elle resta muette un instant, ses belles mains pâles, faites pour porter la palme verte des martyrs, collées à ce visage qu’il cherchait à voir à travers ses mains.

— Ôtez vos mains, que je vous voie, Calixte, — lui dit-il avec l’aspiration impérieuse d’un homme qui demande bien plus que la vie, que je puisse voir si vous m’avez pardonné !

Elle les ôta et il la vit. Il chercha l’amour dans ces traits, qui peut-être lui envoyèrent au cœur une espérance, car il lui sembla que la pitié y tenait moins de place que la confusion.

— Ce n’est pas à moi de vous pardonner, Néel, — dit-elle. Je suis affligée et non offensée… C’est à celui qu’on offense à pardonner, et il y est toujours prêt, vous le savez bien, mon cher Néel. Moi, je ne puis que le prier pour vous. Hélas ! je l’avais bien prié déjà. Depuis le jour où vous m’avez dit qu’être mon frère n’était pas assez, je l’ai bien prié pour vous ôter du cœur cette pensée… pour y faire descendre sa force et sa paix. Mais je ne suis pas heureuse, — ajouta-t-elle avec une adorable tristesse, — ce que je demande à Dieu, je ne l’obtiens pas !