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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/300

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elle ne tremblait pour lui qu’en pensant à l’éternité.

Sombreval la quitta, — traversa la cour ; mais Néel, aperçu, il n’y avait que quelques secondes, sur le haut du plateau, en descendait la rampe. Ce n’étaient plus, lui, les chevaux, le briska, que sang et boue, car il avait traversé plusieurs fondrières, et, comme les chevaux qui le traînaient, il s’était aux halliers et aux branches des arbres déchiré le visage et les mains. Ah ! il avait calculé juste !

Du haut du plateau, il avait vu la persienne poussée, la fenêtre ouverte, la tête qu’il aimait, l’étoile de sa vie, y apparaître, et c’était sous ses regards charmés d’effroi et de pitié, c’était à ses pieds, sur les marches du perron qui conduisait vers elle, qu’il voulait mourir ! — Ah ! il faut qu’elle tremble pour moi, disait-il — et il ne cinglait plus la croupe de ses chevaux, il les sabrait ; — il faut qu’elle me croie perdu. Il faut qu’elle me voie fracassé ! À force de me frapper, peut-être, je trouverai la place de son cœur !…

Et il se précipitait vers la barrière. Les chevaux, au dernier degré de la furie, ne hennissaient plus, mais criaient comme des hommes. Tout à coup Sombreval parut et se planta comme un cyclope entre la grille et la voiture.