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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/30

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reur, inconnu tout d’abord de visage, grâce au masque que les années avaient moulé sur son angle facial, arriva, un soir que personne n’y pensait, rue aux Lices, dans la modeste étude de maître Tizonnet, notaire au bourg de S…, et lorsque (les renseignements pris sur la terre et le marché débattu) il eut dit nettement qu’il achetait comptant le Quesnay, et qu’il eut prononcé, d’une bouche impassible, toutes les syllabes de son terrible nom, maître Tizonnet, qui était un notaire craignant Dieu et ses Saints, et qui avait senti, en entendant le client que le diable lui envoyait, la chair de poule monter de son dos jusqu’à son petit crâne, sous sa petite perruque, n’objecta rien sur l’atroce isolement dans lequel tout acquéreur du Quesnay se condamnait à vivre, s’il voulait habiter le château.

Il se contenta de gratter du bout de la plume qu’il tenait à la main sa fameuse perruque d’un châtain luisant et verdâtre, que les enfants du bourg de S… comparaient à « une bouse de vache », avec plus d’exactitude que d’honnêteté… Mais il ne souffla mot… Et pourquoi aurait-il parlé ? Maître Tizonnet savait de vieux temps l’histoire attachée, dans les souvenirs du pays, au nom de cet homme assis devant lui, et probablement il se dit que, puisque le malheureux était assez endurci pour revenir là