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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/296

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vaux. « Je vais leur faire boire des éperons, » fit-il gaiement au groupe d’oisifs, familiers à toute cour d’auberge, qui le regardaient avec étonnement.

De fait, c’étaient là des éperons, que ce breuvage, qui devait allumer en quelques tours de roue, dans les veines de ces animaux, si violents déjà, un épouvantable incendie. Personne ne se doutait de ce qui devait suivre… Ils crurent à quelque pari forcené et ils ne s’opposèrent pas à cette frénésie. D’ailleurs, il n’était pas très facile ni très prudent de s’y opposer.

Néel était connu comme un crâne. Il était aussi entier, disait Jean Bellet, que ses chevaux. L’idée d’un pari, qui est une manière de gagner de l’argent, et l’idée d’une lutte engagée contre le plus effroyable danger, — deux sortes d’idées qui intéressent le plus les têtes normandes, — les arrêtèrent, fascinés de curiosité, quand, ses chevaux repus et enivrés, le téméraire enfant remonta lentement sur sa voiture et s’élança d’un galop, à fond de train, par le chemin où il était venu. De cette fois, il avait pris le fouet, et il en cinglait les bêtes électrisées, dont les pieds étaient huit éclairs !

Mal-au-Ventre, mon brave garçon, — dit le perruquier Landre à Guilbert, dit Mal-au-Ventre, son voisin, — en voilà un qui ne connaît pas ta colique !