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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/292

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tout, il faut bien qu’ils soient domptés, ces rageurs-là, et monsieur Néel vaut mieux pour cela que tous les piqueurs de la contrée ! »

La lutte fut longue. Quand ils furent mis à la voiture, ils étaient déjà couverts de sueur, tremblants dans ces liens inusités, et ils raclaient de leurs fers avec impatience le pavé de la remise. Néel monta, s’assit et prit les rênes. Il faisait grand jour.

— Ne touchez pas le fouet, monsieur Néel ! dit Jean Bellet, menez-les doucement. Parlez-leur. Ils connaissent votre voix. À présent, que Notre-Dame-de-la-Délivrande de Rauville vous protège ! Et claquant de la langue contre son palais, ancienne habitude de manège : « En route, mauvaise troupe ! » fit-il aux chevaux. Son mot de postillon.

Tout effrayé qu’il fût de la témérité du jeune homme, il était intéressé, comme cocher et comme palefrenier, à la manière dont Néel s’y prendrait pour se tirer de sa dangereuse entreprise. Il le regarda rendre la main aux chevaux étonnés et frémissants, sortir de la cour en frisant adroitement de l’essieu les poteaux de la barrière et enfiler le chemin du bourg de S… « sans trop de cérémonie, » au grand trot.

Ça y est tout de même ! — fit-il, et il souffla sa lanterne d’écurie. S’ils ne farcent pas d’ici le Lude, ils iront à Lieusaint sans encombre.