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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/291

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— Oui, dit Bellet, vous n’êtes pas un achocre[1]. Il n’y a que vous, dans tout le pays, — car me v’là vieux, — qui puissiez passer maintenant à Sangsurière ou dans les perditions de Gavré. Mais ces chevaux-ci sont pucelles de bride et d’attelage. C’est de la poudre, et vous êtes de la flamme, et quand cela se rencontre…

Un geste compléta sa pensée.

— Sois tranquille, dit Néel, je serai aussi prudent que toi, mais je veux les chevaux ! je vais chez ma fiancée. C’est une bonne occasion pour les essayer. Tiens, ajouta-t-il en lui tendant quelques flocons de ruban rose qu’il avait pris dans la corbeille de Calixte et qu’elle lui avait donnés, — mets-leur ceci à la têtière ! Il faut que nous soyons beaux et que nous piaffions, puisque nous allons faire la cour à la future châtelaine de Néhou !

— Future et prochaine, — dit Jean Bellet, à qui toute cette légèreté joyeuse de jeunesse envoya un reflet de gaieté sur sa figure rude et tannée. Seulement ce fut le diable, pour parler comme le vieux palefrenier, que d’atteler les bêtes. Elles ruèrent, hennirent et se cabrèrent, offrant un spectacle à recommencer toutes les terreurs de Jean Bellet, s’il ne s’était appliqué sur la conscience cette raison suprême : « Après

  1. Maladroit.