Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/29

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


teau, et pour y vivre comme les anciens possesseurs y avaient vécu, devrait être un gars plus que hardi : car, s’il l’osait, on l’y engraisserait d’humiliations, on l’y régalerait d’ignominies. Il pourrait y faire ripaille de mépris. C’était certain !

L’orgueil des nobles circonvoisins brûlerait l’herbe autour de sa demeure, et l’enfermerait dans un désert où la dernière goutte d’eau de la politesse ou de la charité lui serait refusée. Son château se changerait en une Tour de la faim, — de la faim sociale ! Il n’y mourrait pas, mais il y vivrait ! Perspective à effrayer les plus solides de cœur et de reins. Aussi, dans l’opinion de la contrée, sembla-t-il longtemps que le futur acquéreur du Quesnay — s’il s’en trouvait un — serait un homme qui viendrait de fort loin et qui ne connaîtrait pas le pays.

Eh bien ! il s’en trouva un cependant, — lequel vint de fort loin, il est vrai, comme on l’avait toujours dit, — et qui connaissait le pays ; mais ceux qui l’y ont revu, après une si longue absence, ne purent jamais s’expliquer ce téméraire et insolent retour d’un homme monstrueusement taré et qui portait l’Horreur et l’Épouvante, comme en palanquin, sur son nom !

Il est vrai que, quand ce singulier acqué-