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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/287

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— Tu t’en vas à Lieusaint pour deux jours, et tu m’embrasses comme si tu partais pour ta première bataille !

Le vicomte ne croyait pas si bien dire. C’était, en effet, pour son fils, la première bataille et il allait plus s’y exposer qu’en se mettant à la gueule même du canon.

Néel ne répondit pas, mais il ne put s’empêcher de sourire de cette sagacité paternelle, et le vicomte fut la dupe de ce sourire.

— À la bonne heure ! fit-il joyeusement, — est-ce que ta bataille n’est pas encore gagnée contre mademoiselle de Lieusaint ?…

Le lendemain, Néel se leva avant le jour, et, selon sa coutume, il descendit à l’écurie pour y préparer son départ. D’ordinaire, dans ces tournées de chasse qu’il faisait dans tous les châteaux environnants, il allait indifféremment à cheval ou dans une espèce de briska ramené par son père de l’émigration, d’une structure inusitée dans le pays et auquel le vicomte Éphrem donnait je ne sais quel nom polonais.

C’était une voiture très versante et très légère, car on l’avait extrêmement élevée sur ses roues pour éviter les éclaboussures de ces effroyables boues de la Pologne à travers lesquelles elle avait été destinée à passer. On n’y pouvait guère tenir que deux. Découverte, elle avait presque la grâce d’un char antique, mais il