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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/286

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Elle avait le pressentiment que le malheur couvait là pour elle, et Bernard sentait alors trembler sur sa poitrine ce bras si frais qui l’entourait, par-dessus sa casaque de cheval, comme un ceinturon couleur de rose.

Bernardine avait aperçu Calixte à l’église, sous son voile, et ce qu’elle avait pu en voir lui semblait singulier et funeste. Calixte l’attirait et la repoussait en même temps. Elles s’étaient quelquefois agenouillées ensemble, l’une à côté de l’autre, à la Sainte-Table. La charité de la chrétienne comprenait qu’une telle fille dût être malheureuse avec un tel père. Mais était-ce l’horreur de ce père ou le pressentiment du mal que lui causerait la fille, qui la faisait frissonner près de Calixte, lorsque son coude touchait le sien, sur les degrés de l’autel, la nappe blanche de la table sainte entre ses mains ?

On était dans les derniers beaux jours de novembre qu’on appelle l’été Saint-Martin. Néel, qui ce soir-là avait soupé avec son père et qui s’était promis d’exécuter le lendemain sa résolution, annonça au vicomte Éphrem qu’il irait le lendemain à Lieusaint et qu’il partirait de bonne heure. Il ne voulait pas réveiller le vieillard pour lui dire adieu, et il l’embrassa (ce pouvait être pour la dernière fois) avec une émotion dont le vieillard, ému lui-même, s’aperçut :