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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/285

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gie d’un superbe danger ! Il y avait certainement dix à parier contre un qu’il y mourrait, que la chance serait contre son courage : mais s’il ne mourait pas, peut-être serait-il aimé de Calixte, et ce peut-être-là valait dix fois plus que sa vie !

Il y avait plusieurs jours que le projet de Néel fermentait en lui, et personne, dans son entourage, ne se serait douté de ce projet sinistre et terrible. Sa belle tête idéale avait la même expression de physionomie. Seulement, un peu de mélancolie, la mélancolie d’une passion cachée et qui est déterminée à jouer son va-tout, en adoucissait l’ardente et romanesque fierté.

Mademoiselle Bernardine de Lieusaint le trouvait plus beau et plus touchant avec cette teinte de tristesse qui ombrait son front, mais cette beauté la faisait trembler. Des propos échappés au mécontentement du vieux Bernard contre son futur gendre avaient éveillé une vague terreur de jalousie dans ce cœur jusque-là tranquille.

Elle savait que Néel allait au Quesnay. Bien souvent, quand elle avait passé par là sur la croupe du cheval de son père, elle avait jeté de loin, du sommet de la butte Saint-Jean, sur ce château fermé et solitaire, le regard effrayé d’un enfant qui regarde dans le fond d’un puits.