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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/284

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pour faire pâlir après dîner les joues qu’ils aiment.

Ce fut une folie polonaise ! la vanité et l’imagination des races slaves y eurent autant de part que l’ardeur du sang. Les Polonais, qui touchent à l’Orient de la pointe de leurs lances, reçoivent la réverbération de ce pays, soleillant et fastueux, autant sur leurs mœurs que sur leurs armes.

Par sa mère, Néel était Polonais ! et quelque chose d’oriental, d’altéré d’éclat, d’amoureux du splendide, se jouait dans sa pensée, dans sa franchise et dans sa vaillance.

Le caftan de diamants qui manquait à cette poitrine, faite pour le porter, il l’avait sur tous ses sentiments et il aimait à l’y étaler. C’était sa force ou sa faiblesse, mais c’était sa nature ! Dites-vous-le bien ! ou, comme ces Normands qu’il révolta par son action insensée, somptueuse et sauvage, vous ne le comprendriez pas ! Tout autre aurait comme lui pu risquer ses jours, mais il voulut les risquer d’une manière poétique, dramatique, pittoresque, qui laisserait au moins dans l’âme de sa bien-aimée un souvenir inextinguible, s’il succombait, — un spectacle qu’elle n’oublierait plus !

Il se prépara un magnifique suicide avec l’art et la coquetterie d’un Sardanapale. Il joua tout sur cette carte étincelante, — la ma-