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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/279

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en qui il avait une foi involontaire, et qui interrogeait tantôt le cœur, tantôt la tempe de cette forme d’albâtre dont on ne voyait plus les veines, tant la pâleur semblait avoir, en la pénétrant, changé la nature de cette chair ! Sombreval avait pris dans une cassette de la console une fiole d’un cristal glauque, et du doigt il en étendait doucement le contenu sur la lèvre supérieure de l’enfant sans souffle, qui ne pouvait plus rien aspirer.

Et comme le front grandiose et sombre du père de Calixte se sillonnait de mille plis, semblable à l’étang du Quesnay sous une bourrasque :

— La croyez-vous donc en danger ? dit Néel avec transe.

— En danger ! reprit Sombreval avec explosion.

Et ses yeux battirent et s’effarèrent sous leurs profondes arcades, pleines de feu et d’ombres, à l’idée d’un danger, quoiqu’il n’y crût pas.

— En danger ! non ! elle n’y est pas, du moins actuellement. J’ai vu bien des fois ces symptômes. Il y a tant de jeunesse en elle ! Un organisme sorti de Sombreval, une fille de cette race de gens comme nous, des fils de la terre, cache tant de ressources ! Mais il faut se hâter, car, à chaque accès de ce mal, il y a