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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/278

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les yeux, et n’avait-il pas à partager les remords de ce père qui s’accusait ?

Ils étaient assis l’un en face de l’autre, Néel vers les pieds du lit, Sombreval vers le chevet, Néel regardant de ses yeux navrés ce semblant de morte, plus blanche que la pelisse de grèbes dans laquelle son père l’avait enveloppée… Les deux bougies apportées par les domestiques, qui s’étaient retirés tremblants aux premiers signes de la colère de Sombreval, éclairaient mal de leur maigre lumière ce salon fait pour un jour plus largement répandu.

Les Herpin avaient regagné leur chez eux par la porte du jardin qui s’ouvrait sur la cour de la ferme… Néel ne songeait pas à partir. Il avait oublié Néhou. Il restait à veiller l’être qu’il aimait, et au milieu de sa pitié et de sa douleur il ressentait une inexprimable jouissance de passer la nuit auprès du lit de cette malade adorée, tête à tête avec ce père qui ne lui disait pas de s’en aller et qui le traitait déjà comme un fils !

Il passa la nuit, en effet, à cette place, attentif, anxieux, se partageant tout entier entre Calixte inanimée et Sombreval absorbé, — penché incessamment sur elle comme un vieux pilote sur une mer morte dont le fond lui serait inconnu.

Néel suivait les mouvements de cet homme