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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/275

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la Véronique emporta le visage de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur le saint voile, mais dont il retrouverait les traces sanglantes, reliquaire qui ne le quitterait plus !

— Elle a saigné, dit Sombreval, — mais le sang est figé maintenant. Vous la couperiez par morceaux qu’il n’en tomberait pas une seule goutte et qu’elle n’aurait pas conscience d’une seule douleur. Elle ne sent rien ! La vie est-elle déplacée ou suspendue ? État mystérieux que la Science, cette tortue aveugle, constate, mais ne peut pénétrer.

Elle ne souffre pas ! Mais avant de tomber dans cet état sans nom qui n’est ni la mort ni la vie, elle a traversé des milieux de douleur d’une épouvantable acuité ! Que de fois j’ai vu le spasme la tordre, et quand je voulais contenir les tressauts de cet organisme fragile, toujours, à ce qu’il semblait, sur le point de se rompre, ce corps mignon était plus fort que mon étreinte et luxait ce poignet qui contient par la corne un taureau.

Que de fois je l’ai vue marcher avec l’adresse crispée d’un chat sauvage sur le cordon de cette plinthe qui court autour de ce salon, et m’apporter, comme elle aurait fait d’une soucoupe, le dessus de marbre de cette console, dans ces deux charmantes mains, — regardez-les, monsieur Néel ! — un chef-d’œuvre de