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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/274

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Il faut en convenir, même pour des gens moins simples et moins prévenus, c’était effrayant ! La pauvre enfant n’avait que la vague mousseline de son peignoir sur son corps délicat et souple. Ses pieds et ses bras étaient nus dans cet air marécageux du soir sur le bord de l’étang où elle s’était réfugiée. On l’y atteignit au moment où elle venait de s’affaisser tout à coup, comme si on lui eût fauché les deux pieds d’un revers de faux !

Pour que rien ne manquât à la terrifiante étrangeté du spectacle qu’offrait la malheureuse, ses membres détendus et doués, il n’y avait qu’un instant, d’une force surhumaine, s’étaient comme fondus et liquéfiés sous elle, et l’on ne voyait plus dans les plis gonflés de la mousseline où elle semblait nager que cette tête pâle sans regard, avec son bandeau rouge et sinistre !

Mais Sombreval l’eut bientôt portée sur le lit de repos qu’il avait fait dresser pour elle dans le salon, comme j’ai dit qu’il en avait fait dresser un dans tous les appartements du château. En marchant pieds nus sur le sable, où il y a parfois du verre pilé, et sur les tiges d’osier, taillées ras de terre au bord de l’étang, elle s’était cruellement blessée. Néel, avec la piété de l’amour, essuyait de son mouchoir ces pieds dont il n’emporterait pas l’empreinte, comme