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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/273

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bon Dieu, lequel envoyait à la fille de son prêtre des maladies comme on n’en reverra jamais ! »

Il paraît, en effet, qu’après l’étreinte interrompue du malheureux Néel et sa fuite courageuse, Calixte (était-ce le saisissement de ce qui venait de se passer ?) avait eu un accès de sa maladie.

Les gens de Sombreval l’avaient trouvée sans connaissance entre les deux portes de sa chambre et du salon, et ils l’avaient couchée, s’attendant à un de ces évanouissements qui duraient quelquefois trois jours. Mais quel ne fut pas leur étonnement et leur épouvante, à eux, ces ignorants et ces sauvages ! quand ils la virent s’élever droite comme un Esprit, et, les repoussant d’un bras tendu, qui avait la dureté du fer, descendre au jardin avec ces mouvements solennels et mystérieux des somnambules qui ressemblent à de la folie !

Dans leurs terreurs de nègres superstitieux, ils appelèrent les fermiers qui vinrent à leur aide et qui n’avaient jamais vu marcher, — racontèrent-ils, — une femme qui tombait de mal, car elle marchait les yeux blancs et retournés et la broue aux lèvres, et elle allait drait devant elle sans qu’on eût besoin de lui crier : « Casse-tête ! » au tournant du rond des allées, comme si elle eût vu le buis des plates-bandes, avec ses yeux blancs !