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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/272

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maison muette. Les lumières, mobiles derrière les persiennes, erraient maintenant du côté de l’étang.

On entendait des voix confuses. — Par ici ! par ici ! disaient-elles. Sombreval et Néel se dirigèrent sur les voix et tombèrent tous deux comme la foudre au milieu des gens de la ferme au moment où le nègre Pépé soulevait de terre Calixte inanimée, — l’air d’une morte !

— Ah ! rugit ce lion de père qui devina tout, — et d’une seule main il empoigna la nuque vigoureuse de l’esclave courbé sur sa fille et, l’arrachant, comme un arbre qu’on déracine, au fardeau qu’il allait lever, il le fit rouler à dix pas de là avec cette force surhumaine que Dieu lui avait si étonnamment départie et qui, toute sa vie, fut le seul porte-respect qu’il ait eu au milieu de ces populations !

Il avait enlevé Calixte comme un morceau de soie, et, l’emportant vers le château :

— C’est ainsi donc, — dit-il d’une voix tonnante, — que vous veillez sur votre maîtresse quand je n’y suis pas !

« Nous étions là un tas de garçons qui n’étions pas bien gênés, disait le fils Herpin, mais aucun ne souffla brin d’excuse, tant il était formidable ! Et cependant, malgré l’atout qu’il avait campé à la face de crêpe, il n’y avait de faute à personne. Il fallait qu’il s’en prît au