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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/270

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lui disait-elle, quand leur rendras-tu leur couronne ?… » Ce n’était pas de l’immense amour de son père qu’elle était touchée, c’était de la destinée de Charles Stuart ! Toujours elle lui enfonçait cette épine ! Toujours sous chaque baiser de cette bouche innocente, il trouvait cette morsure, les Stuarts !

Eh bien, moi aussi, je connais cette douleur horrible d’une honte et d’une tristesse que j’ai faites dans le cœur d’une enfant aimée ! Moi aussi, je vois sur le front qui porte ma vie le reproche muet, l’accusation, l’éternelle prière que je ne puis exaucer ! Je sens quelque chose de plus fort que moi dans ce cœur à moi et qu’avec toute ma force, — inutile ! — il m’est impossible d’arracher !

Et il retomba dans le silence. Ah ! Néel ne s’était jamais plus senti son ami… Ils furent longtemps sans rien se dire, mais, comme ils entraient dans la petite lande qu’on appelait la Lande au Rompu, la lune se leva tout à coup sur le bois d’en face et se mit à écailler d’argent les tuiles bleues du Quesnay, qu’ils apercevaient sous leurs pieds.

— Voilà donc, dit Sombreval, où elle vit, notre espérance ! — et il étendit sa large main vers le château où, sous les persiennes fermées à tous les étages, il aperçut luire des clartés mobiles, — pour un autre que lui impercepti-