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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/266

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être jamais ; et savez-vous pourquoi elle me résiste et me désespère, pourquoi elle ne vous aime pas, vous qui l’adorez ; pourquoi elle ne veut épouser personne, pourquoi elle ne veut pas guérir d’une maladie qui peut la tuer, monsieur Néel ! et se complaît dans ces souffrances sans nom que je sens dans ma propre chair quand elles tordent et déchirent la sienne ? C’est qu’elle aime son Dieu plus que nous, monsieur de Néhou ! C’est qu’elle me croit un grand coupable parce que… vous savez bien pourquoi ! Vous connaissez bien ce que je suis, ce que Sombreval a été… C’est qu’elle veut souffrir pour son père, expier ce qu’elle croit un crime, racheter ce qu’elle appelle mon âme ! Illusion qui dévore sa vie ! cela est sublime pour elle, mais pour moi ce n’est qu’insensé… Nous sommes sacrifiés à une chimère. Nous avons, vous pour rival, et moi pour ennemi, le Dieu de Calixte, le Dieu de la Croix !

— Oh ! Monsieur ! — dit Néel effrayé d’une impiété qui rejetait le masque de silence sous lequel Sombreval la gardait toujours, c’est vous qui un jour l’avez dit, Calixte est une sainte ! Son Dieu est le mien. Ce Dieu n’est pas l’ennemi des hommes ; ce sont les hommes plutôt qui sont ses ennemis.

— Oui, vous devez dire cela ! — reprit Sombreval avec une tristesse abattue, la tristesse