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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/265

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l’ensemble de sa personne, ce qu’il voulait dire. Au Quesnay, il ne l’avait vu presque jamais que silencieux, excepté quand il s’occupait de sa fille et qu’il enroulait ses bras et son esprit autour d’elle. Quoique dans l’éclair de sa parole, rare et brusque, on sentît bien l’homme supérieur, le porte-foudre intellectuel, il était d’attitude comme tous les esprits qui ont épuisé la vie et les idées et sont devenus ces indifférents de la terre dont parle si fièrement Shakespeare.

Or, pour la première fois, il parlait de lui. Il ouvrait des jours sur son âme ordinairement sombre comme la nuit qui les entourait, et Néel, qui se retrouvait dans cette âme au moment où il s’attendait le moins à s’y voir, écoutait les révélations du père de Calixte avec une passion si intéressée, qu’il n’en oubliait pas sa propre douleur, oh ! non, certes ! mais qu’elle en était suspendue.

— Une pensée, — reprit Sombreval, — un enfer ! car l’enfer, ce doit être une pensée ! Et pourquoi ne le dirais-je pas entre nous, qui causons ce soir comme deux hommes, — deux amis, — presque un fils ! presque un père ! et qui aimons Calixte, chacun à notre manière, tous les deux ? Quelles cruelles ironies nous cache parfois la destinée ! Voilà une enfant soumise et tendre comme il n’en exista peut-