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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/261

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qui fut Sombreval. Il semble que vous et elle soyez de la même race : vous, un gentilhomme de sang presque royal, elle, de naissance une paysanne : mais il y a des individualités qui valent des races, parce qu’elles sont faites pour en fonder !… Si je croyais à l’enfantillage d’une Providence, je dirais que ce sont là des noblesses vierges, tombées du ciel pour empêcher la noblesse éternelle de s’en aller de ce monde, dans la décrépitude des familles, usées par l’excès et le temps.

Il s’arrêta, fouettant la haie de son bâton de houx. Néel l’écoutait comme un oracle. Sans l’haleine d’impiété qui s’y mêlait, les idées qu’exprimait cet homme singulier continuaient de le grandir au regard de cet enfant trempé dans le fleuve bouillonnant de l’enthousiasme, et près d’en sortir peut-être un Séide, si Sombreval l’avait voulu !

— Le mariage que je rêvais entre vous et Calixte, reprit Sombreval, n’aurait donc pas été physiologiquement une mésalliance. Je le souhaitais peut-être aussi ardemment que vous, jeune homme, car j’aime Calixte avec une passion paternelle plus grande que la vôtre en abnégation, et pour le moins aussi grande en intensité. Ce mariage, espoir de ma vieillesse, je lui ai dit souvent que je le désirais !

Bien des fois, lorsque vous nous aviez quit-