Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/259

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’était posée sur le poteau de la barrière pour l’ouvrir et la porta-t-il involontairement à ses lèvres :

— C’est moi, Monsieur, dit-il dans le transport de tous les sentiments qui agitaient son âme ardente, et, il n’y avait qu’un moment, saturée de douleur, — pardonnez-moi, j’étais là… J’ai écouté et j’ai tout entendu !

Et, au lieu d’entrer chez la Malgaigne comme il en avait le projet, il s’en alla avec Sombreval qui lui dit, avec cette amabilité joyeuse que la pensée de Calixte faisait toujours fleurir dans les anfractuosités de cet homme, bâti, semblait-il, de ce chêne dont il disait que le cœur de son père avait été fait :

— C’est trop d’honneur pour la patte d’un vieil ours comme moi, jeune homme. C’est sur la main de ma fille que vous devez me remercier.

Et alors, tout en marchant dans la direction du Quesnay, ils parlèrent de ce mariage qui était possible encore, — qui était un plan dans la pensée de Sombreval, mais qui n’était plus qu’une ruine dans celle de Néel de Néhou, parce qu’il savait, lui, que Calixte n’était plus à elle et qu’elle avait pris un époux. Noble toujours, il se tut sur ce qu’il savait, il ne révéla point le désolant secret que Calixte lui avait appris. Il n’était pas homme à trahir la fille et