Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/257

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et sembla reprendre et caresser la tête crépue de son fils d’autrefois, en l’appelant du nom qu’elle lui donnait dans son enfance.

— Tu es trop père toi-même, Jeanotin, pour ne pas savoir ce que pèse la malédiction paternelle sur le cœur d’un homme, et tu ne voudrais pas la faire porter !

— Oui, reprit Sombreval d’une voix altérée, ils disent que mon père m’a maudit… Tu y étais, toi, et tu le sais, tu l’as entendu. Tu n’as pu l’empêcher, ma pauvre Malgaigne. Mais c’était un homme dur, absolu, un cœur de chêne plutôt qu’un cœur d’homme, un vrai paysan, que mon père. Il aimait son morceau de terre mieux que moi. Je n’ai jamais cru aux pères qui maudissent.

— Et à quoi donc crois-tu, Sombreval ! interrompit la Malgaigne, reprenant son accent triste et sévère, indignée de cette dernière impiété dans cet athée à toute chose, et dont l’athéisme était horriblement complet.

— Je crois à moi, — dit-il avec véhémence. Je crois à ce qu’il y a là-dedans ; — et on entendit le bruit de sa main qui frappait sa poitrine sonore, — voilà mon orgueil, la Malgaigne. Tu sais si Jean Sombreval manque de force, et pourtant il ne pourrait jamais maudire Calixte, l’eût-elle poignardé de douleur !

Ce fut la vieille femme qui se tut à son