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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/256

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Calixte en est un qui contient tous les nectars de la vie. Pour l’avoir, Néel de Néhou donnerait sa race, son blason, son nom, tout ce qui est pour lui bien plus que l’existence, si Calixte était à ce prix…

Néel, appuyé contre sa barrière, écoutait Sombreval avec une espèce de joie fière, et, malgré la douleur que Calixte venait de créer dans son âme, il jouissait d’être si bien compris.

— Tu le ferais maudire de son père, — dit avec autorité la Malgaigne. Tu l’as été du tien, Jean. C’est assez comme cela !

Sombreval ne répondit pas. Le silence tomba dans la bijude. Le mot de la Malgaigne avait-il atterré l’homme qui ne voulait être que son Jeanotin et avec qui elle venait d’oser un souvenir terrible ?… Néel, que cet homme aurait intéressé quand il n’aurait pas été le père de Calixte, eût voulu voir, en ce moment, le visage de Sombreval, mais la résine de la Malgaigne n’était pas encore allumée. On ne pouvait rien apercevoir à travers l’huis ouvert de la bijude ; le silence qui s’était produit tout à coup avait comme l’expression de la physionomie qu’on ne voyait pas. Il agit sans doute sur la Malgaigne comme il avait agi sur Néel. Émue du mal qu’elle venait de faire, la sévère vieille femme mit tout à coup de l’huile dans sa voix