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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/252

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À moitié de ce petit pont était une barrière entrelacée de jan et d’épines, et Néel fut bien étonné de la trouver hors de son lien, cette barrière, entr’ouverte et poussée comme si quelqu’un, qui, certes, n’était pas la Malgaigne, n’avait pas pris la peine, après avoir passé, de se retourner pour la clore. Il crut qu’un paysan était venu là pour chercher la fileuse demandée dans les fermes, ou lui apporter du lanfois[1], car de voisin ou de voisine il n’y en avait point. Le seul voisinage de la Malgaigne était le clos à Jean Sombreval, avec sa maison sur la lisière du clos, — maison fermée depuis plus de dix ans, et que Sombreval, riche comme il était, n’avait voulu fieffer à personne.

Le clos était loué à des cultivateurs assez éloignés, mais la maison n’avait pas rouvert ses contrevents et entendu sa grosse clef grincer dans sa serrure depuis qu’on avait enlevé du seuil de cette porte, alors ouverte, la bière du père de Sombreval. Néel, qui ne voulait montrer sa douleur et son visage qu’à la Malgaigne s’arrêta en voyant l’état de cette barrière et il allait, toujours violent, prendre le parti de retourner à Néhou, affronter les ordres et les colères de son père, quand une voix qu’il ne

  1. Le chanvre qu’on met sur la quenouille.