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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/251

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disaient les paysans avec une emphase solennelle, n’avait jamais voulu mettre le pied sous les poutrelles du château du Quesnay ; et, pour cette raison, Calixte l’avait bien souvent visitée avec Néel, dans ces promenades confiantes où Néel, chaque jour plus épris, s’était imbibé de Calixte comme la chair s’imbibe du sang qui la fait vivre ! Il y avait donc pour eux un passé déjà dans cette bijude où ils avaient leurs places marquées sur des escabeaux à peine dégrossis, auprès du rouet de cette fileuse éternelle. Image de sa vie laborieuse et rêveuse que ce rouet qui tournait toujours en revenant sur lui-même, comme sa pensée.

Quand le jeune de Néhou arriva à Taillepied et au bas du mont, on ne voyait plus son chemin devant soi. La bijude de la grande Malgaigne n’était pas sur le bord d’une route, mais dans un bas-fond où les eaux qui tombaient du mont faisaient comme un petit lac du milieu duquel s’élevait l’indigente masure. C’est à cause de l’obsession de ces eaux pluviales, dans un pays humide comme ces parages de l’Ouest, qu’on avait pratiqué devant sa porte un petit pont d’une seule arche, s’il est permis de donner le nom d’arche à une humble courbe de pierre rasant le ruisseau qui passait sans bruit par-dessous.