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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/25

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un temps de pluie, et qui tiens du canard sauvage pour l’amour des profondes rivières, au miroir glauque, — des ciels gris — et des petites pluies qui n’en finissent pas, au fond des horizons brumeux.

J’ai vu pas mal d’eau dans ma vie, mais la physionomie qu’avait cette espèce de lac m’est restée, et jamais, depuis que les événements m’ont roulé, ici et là, je n’ai retrouvé, aux endroits les plus terribles d’aspect ou de souvenir pour l’imagination prévenue, l’air qu’avait cet étang obscur, cette place d’eau ignorée, et dont certainement, après moi, personne ne parlera jamais ! Non ! nulle part je n’ai revu place d’eau plus tragique, ni dans la mer où Byron fait jeter, sous un pâle rayon de la lune, le sac cousu dans lequel Leïla palpite et va mourir pour le giaour, ni dans le canal Orfano, à Venise, cette affreuse oubliette, une horreur distinguée entre toutes cependant pour ceux qui, comme Macbeth, aiment à se rassasier d’horreurs !

Du reste, ainsi que le canal Orfano, l’étang du Quesnay avait ses mystères. On s’y noyait très bien, et très souvent à la brune. Étaient-ce des assassinats, ou des accidents, ou des suicides, que ces morts fréquentes ?… Qui le savait et qui s’en inquiétait ?… L’eau silencieuse et morne venait jusqu’à la route. Y pousser un