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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/247

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son futur gendre allait plus souvent au Quesnay qu’à Lieusaint, et il s’empressa de faire jouir de sa découverte son grand ami le vicomte Éphrem. Un soir que Néel n’était pas rentré au manoir, le vieux Bernard, après avoir silencieusement bourré sa pipe, pendant un temps fort long, l’alluma, l’aspira et finit par lâcher, avec la première bouffée, au visage du seigneur de Néhou, qui se chauffait bien tranquillement devant un feu de pommier, dans ses bottes de carton verni, un : — « Où pensez-vous qu’est à cette heure votre libertin de fils, mon compère ? »

Puis, de fil en aiguille, — aurait dit Jeanne Roussel, — il raconta, après cette entrée en matière, les visites de sire Néel au Quesnay et ses présentes amourettes. Mais le vicomte laissa dire son ami Bernard et ne fronça pas autrement les sourcils de la déclaration du bonhomme.

— Hé ! vous veillez au grain ? c’est bien, lui dit-il. La fille au prêtre est diablement jolie, mais c’est la fille au prêtre ! Puis, elle est malade. C’est de plus une sainte, un lis de pureté, dit le curé de Néhou, et, au fait, pour qu’il soit beau, ce lis-là, ce n’est pas le fumier qui a manqué, avec un tel père ! Quand Néel chasserait par là, compère Bernard, il en serait pour sa poudre et son plomb, et il n’a-