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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/246

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qui sa mère Gaétane-Casimire avait fait lire, dès qu’il avait pu lire, Klopstock et Swedenborg, et avait laissé dans sa pensée l’idée de sa beauté, à elle, — la splendeur d’une aurore boréale dans les immensités de neige, — mademoiselle de Lieusaint était presque vulgaire.

On comprend alors quel coup de foudre lumineuse avait été dans son imagination et dans son cœur cette Calixte qui avait, comme sa mère, la diaphanéité de certaines substances nacrées et la grâce mélancolique des eiders, et qui, de plus que sa mère, dont le front n’avait jamais cessé de porter la perle sans rayonnement du bonheur domestique et de l’amour permis, était couronnée de douleur. Dès cette rencontre, tout fut fini pour la pauvre Bernardine et tout commença pour l’homme qu’elle devait épouser ! Un abîme se serait ouvert sous ses pieds et l’aurait engloutie, qu’elle n’aurait pas mieux disparu. Elle était là, et elle n’y était plus. Néel lui parlait du ton le plus doux, le plus poli, mais le plus indifférent ; et quand une larme qu’il y faisait naître se montrait dans ces yeux, violette des bois tremblant dans la rosée, il ne s’en apercevait pas !

Mais Bernard de Lieusaint s’en apercevait, lui. Témoin des distractions de Néel et des tristesses de sa fille, il avait mis le nez au vent ; il avait flairé, reniflé, et enfin découvert que