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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/244

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À ce moment, l’Empereur paraissait indestructible. Les Princes français étaient oubliés. On pensait autant aux Mérovingiens qu’à eux, et on avait devant soi un homme qui devait être le Charlemagne d’une quatrième race.

C’était donc une fatalité pour Néel, — la fatalité de l’honneur et du devoir, — de mourir sans tirer du fourreau le sabre de son père. Or, quand les choses sont irrévocables, le cœur de l’homme n’est pas assez fort pour garder son désespoir. La vie reste manquée, mais on se distrait et l’on se résigne, humble manière d’être malheureux !

Et d’ailleurs mademoiselle Bernardine de Lieusaint n’avait rien qui pût répugner à personne, pas même au jeune homme qui, jusqu’à l’arrivée de Calixte au Quesnay, aurait mieux aimé se marier à une bonne épée qu’à la plus belle fille du Cotentin.

Par tout pays c’eût été une admirable jeunesse d’une beauté grave et d’une forme largement épanouie. Comme dit ce divin matois de La Fontaine, on pouvait bien l’aimer, et même étant sa femme ! Mais Néel, qui devait la prendre pour la sienne, qui l’avait vue dès son enfance, qui avait été élevé avec elle, ne l’aimait pas, du moins d’un sentiment d’amour. Il portait sans émotion ses yeux de dix-huit ans sur cette fraîcheur éblouissante, sur cette che-