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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/237

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vit ainsi courbé sur le prie-Dieu, écoutant encore la voix adorée qui semblait lui verser dans le cœur une pluie de rayons, et avec une commisération naïve, — car elle se retrouvait enfant quand elle avait cessé d’être sublime, — elle lui releva doucement le front comme l’aurait fait une vraie sœur :

— N’est-ce pas que déjà vous souffrez moins ? dit-elle. Et son souffle involontairement effleura les cheveux du jeune homme.

Il allait lui répondre « oui ! » car elle l’avait calmé, mais ce petit souffle de la bouche aimée lui injecta le front de feu ! Il ne vit plus rien. La terre tourna. Il la prit dans ses deux bras…

Mais tout à coup le sang des chevaliers chrétiens dont il était l’arrière-petit-fils se mit à crier dans sa poitrine et il eut le courage de s’enfuir.

S’il avait monté le perron du Quesnay « quatre à quatre » (ainsi que l’avait dit le vieux Herpin), il le redescendit d’un seul bond ! Le bonhomme Herpin était toujours à la même place, rentrant ses pommes à cidre : « C’est des jarrets, fit-il, coutumiers des sauts-de-loup du Lude, mais je crais bien que, pour le coup, monsieur Néel est un brin aversat[1] ! »

  1. Fou, — possédé du diable.