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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/236

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cette pensée : « C’est moi pourtant qui les fais couler ! »

— Néel, cher Néel, vous souffrez, mon Dieu ! fit-elle attendrie, — mais voilà Celui qui console ! Voilà Celui qui m’a bien souvent consolée et qui vous fera m’aimer… seulement comme une sœur. Oh ! si vous le priiez avec moi, cher Néel ! Voulez-vous ?… Si nous partageons tout, partageons aussi la prière. Voyez, — ajouta-t-elle avec la grâce d’une séductrice du ciel, restée femme, — sur ce prie-Dieu où je m’agenouille toujours seule, il y a, en nous pressant un peu, place pour deux.

Et, sirène qui ne savait pas sa puissance, elle rangea les plis de sa robe pour qu’il pût s’agenouiller près d’elle, et il s’agenouilla pieusement, tant elle était irrésistible ! tant elle lui semblait son Ange blanc, sa dominatrice, son bon génie !

Et, de cette voix qui lui fendait l’âme, à lui, elle pria pour lui, — pour elle, — et encore pour son père, pour lequel elle priait toujours ! Et Néel éperdu de l’entendre, éperdu de sentir la tiédeur de cette chaste épaule contre la sienne, Néel, la tête plongée dans ses deux mains, sur le prie-Dieu, ne priait pas, ne pouvait pas prier, mais l’écoutait ravi et se suspendait à elle au fond de son cœur en extase.

Lorsqu’elle eut prié, elle se détourna… et le