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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/235

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avant l’accès les attaques de l’épilepsie, Néel sentait venir du fond de son âme les souterraines convulsions du désespoir qui pousse aux folies. L’état de son cœur était indescriptible de douleur, d’emportement et de confusion. Il l’avait plein de ces vagues d’un sang chaud qui roulent le désir, le ressentiment, la colère : mais voir Calixte si près de lui, dans cette chambre fermée aux regards de tous comme un tabernacle, et dont on pouvait dire qu’elle lui avait offert la virginité en l’y laissant entrer avec tant de confiance, sentir dans sa main cette main de sœur qu’elle n’avait pas retirée, tout cela le domptait, l’indomptable enfant.

Calixte était pour lui cette Vierge des Mers qu’il voyait appendue au mur de la chambre, et qui a les pieds sur les flots et sept étoiles autour de la tête. Elle marchait aussi sur les flots soulevés de son cœur et en aplanissait les tempêtes.

— Ô Calixte ! fit-il, — vous êtes trop grande pour moi, et trop sainte ! — et deux larmes, — les premières qu’il versât depuis la mort de Gustave d’Orglande, — sillonnèrent ses joues de héros encore enfant et roulèrent dans ses moustaches naissantes.

Calixte ne put résister à ces larmes désolées et presque silencieuses. Pour une âme comme la sienne, quelle douleur et quel reproche que