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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/234

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dication par les œuvres et par les exemples, un des plus éloquents qui pussent remuer les âmes et les intelligences et les enseigner.

— Ô mon enfant ! — avait dit bien des fois l’abbé Hugon à sa chère pénitente Calixte, — il y a plus beau, croyez-moi, que de rapporter dans le sac de cuir de Judith la tête coupée d’Holopherne : c’est de rapporter à l’Église une tête vivante qu’on arrache aux ténèbres et qu’on replace dans la lumière et dans la vérité. Et si cette tête-là est la tête d’un père, — ajouta-t-il, — Dieu qui a un Fils ne devra-t-il pas combler de bénédictions et de grâces celle qui, pour la vie reçue de son père, lui aura donné le ciel ?…

Néel était foudroyé par cette dernière confidence de Calixte : mais la foudre allume ce qu’elle touche avant d’en faire une poignée de cendres, et il éprouvait cet amer courroux de ceux qui aiment et qui veulent qu’on les aime ! cette colère vaine que nous enverraient jusque dans leurs regards tranquilles les êtres trop purs que nous adorons et qui nous terrassent de leurs placidités indifférentes !

L’ange auquel il l’avait toujours comparée montait de plus en plus dans son inaccessible éther, sur ses ailes invulnérables, et par conséquent s’éloignait de lui davantage. Tant de perfection le laissait seul… Comme on pressent