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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/233

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L’abbé Hugon, avec cette science de l’âme qui distingue les grands confesseurs et leur crée une prédominance si nette sur les autres hommes, avait mesuré le sentiment paternel de Sombreval, de ce prêtre dévoyé qui reportait sur la tête de l’enfant qui était son crime l’amour qu’il aurait dû étendre sur ses nombreux fils en Jésus-Christ.

Il avait sondé cet abîme, et s’il avait été épouvanté de sa profondeur, y pressentant cette revanche terrible d’une Providence qui punit le péché par le péché même et nous écrase le cœur sur ce que notre cœur a le plus aimé, il s’était dit aussi pourtant que cet amour, monstrueux comme tout sublime qu’on déplace, était peut-être une voie secrète, — le filet tissé par les mains d’un enfant pour prendre le léviathan des mers révoltées !

Formidable par la science et par la volonté, taillé dans le plein drap des grandes facultés, soit de l’esprit, soit du caractère, ayant pendant vingt ans versé comme une cataracte de l’enfer ce qui peut tenir dans la coupe profonde du scandale, ce renégat d’abbé Sombreval, rentrant solennellement dans l’Église, au tard de la vie, mais néanmoins pas assez tard pour que l’insolente Impiété vît dans sa conversion le plongeon de la peur et la débilité de la vieillesse, était, au point de vue de la pré-