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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/228

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comme un linge et la veine de la colère faillit se briser sur son front gonflé. Ces mots de fiancé et d’épouse l’enivraient d’une jalousie insensée.

Mais, avec cette main de diamant sur lequel le feu ne pourrait rien et qu’ont les êtres purs comme elle, Calixte prit hardiment la main du jeune homme, qui brûlait.

— Cher fou et cher violent ! — dit-elle avec sa grâce familière et tendrement tranquille. — Venez par ici que je vous conduise à celui que je préfère à vous !

Et elle l’entraîna, par une porte qu’elle ouvrit, sur le seuil de sa chambrette de jeune fille, le mystérieux et chaste abri où cet oiseau du paradis, blessé par la vie, cachait d’indicibles douleurs. En entrant dans ce sanctuaire virginal qu’elle lui ouvrait comme elle lui ouvrait son âme, ce qui frappa les regards de Néel fut un crucifix colossal, presque de grandeur naturelle, couvrant tout un panneau et ressortant sur la tenture d’un violet profond.

Dans cette chambre étroite et plus que simple où tout était gravement triste comme la pénitence, ce crucifix, de grandeur inaccoutumée, aurait accablé une âme moins pieuse que Calixte, aurait terrifié une imagination moins héroïquement religieuse.

Mais elle, la sainte enfant, la sainte Expiante,