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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/227

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Calixte et de Néel est la même vie… Ils mourront tous deux pour le même père, s’il faut mourir. Ils mourront en un, ma Calixte aimée, — ma sœur aussi, mais bien plus, bien plus que ma sœur !!! Oh ! pardonnez-moi de vous aimer encore ainsi et de vous le dire ; mais votre Ange Gardien ne vous a-t-il pas avertie ? Ne vous a-t-il pas dit que je vous aimais aussi comme on aime une fiancée ?

Calixte, Calixte, ajouta-t-il avec une irrésistible aspiration de prière, ne fussiez-vous jamais à moi sur cette terre où vous êtes venue passer à travers ma jeunesse, en l’entraînant après vous dans la tombe où vous irez rejoindre votre mère, laissez-moi vous appeler ma fiancée ! et soyez-la pour le peu de temps que nous avons à vivre, en attendant que nous partagions le même cercueil !

Il était toujours à genoux et si vrai, ce beau jeune homme qui palpitait de vie en parlant de la mort avec cet amour sans tristesse des âmes aimantes qui croient au ciel, qu’elle le regarda plus longtemps peut-être qu’elle n’aurait voulu et ferma les yeux comme devant un charme.

— Ô Néel ! dit-elle, je suis déjà fiancée, et celui dont je dois être l’épouse est un fiancé jaloux.

Absurdité et cécité des passions vraies ! Néel ne comprit pas la jeune fille. Il devint blanc