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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/226

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mourir, je le sais. Je sais que vous vous en irez au ciel de bonne heure. Je le sais, et je n’en pleure pas, je n’en tremble pas, je n’en souffre même pas, ma Calixte aimée, car je sais aussi que je m’en irai avec vous, que nous boirons la mort ensemble… et ne dites pas non maintenant ! fit-il à son tour à un geste de la jeune fille.

Vous disiez tout à l’heure que la Malgaigne ne se trompe pas et que vous y croyez. Je suis donc dans votre destinée, et, si vous mourez, je dois mourir. Nous boirons la mort au même verre, et jamais je n’aurai bu rien de meilleur que cette mort que vous me faites aimer. Oui, nous mourrons, vous pour votre père, cher holocauste, qui rachèteriez les crimes de toute une race et qui n’avez que celui d’un seul homme à racheter ; moi pour vous, parce que vous avez mis de votre vie dans ma vie, le jour que vous avez posé votre main sur ma tête blessée. La vie de Calixte m’est entrée dans ces veines-là par ma blessure, — et il lui montrait le réseau bleuâtre de ses poignets, — et quand vous mourrez, elles se rompront ! et votre vie dans Néel ira vous rejoindre où vous serez ! Oui, tout cela est vrai, tout cela est certain, mais aussi voilà pourquoi il n’y a plus de pères entre nous. Vous disiez bien, il n’y a que le vôtre entre vous et la vie, mais la vie de