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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/223

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cette jeune fille adorée ! Étonné de ce qu’il ressentait, il eut peur un instant pour son cher amour, qui allait peut-être sombrer dans un sentiment plus austère !… Aussi renoua-t-il vite le bandeau sur le front crucifié qui venait de lui apparaître, et jamais depuis ce moment, qui compta dans sa vie, il ne parla plus de l’en détacher !…

. . . — Si la Malgaigne dit vrai, ajouta Néel en reculant encore de respect devant le mot qui lui brûlait les lèvres, — je suis entré dans votre destinée pour n’en plus sortir, pour en partager tout… tout ! fit-il, n’osant dire ce qu’il avait de malheur à partager avec elle, quoiqu’elle le sût comme lui, quoiqu’elle ajoutât foi comme lui aux prédictions de la Malgaigne, lesquelles trouvaient dans leurs âmes, à tous les deux, l’écho de leurs pressentiments.

— Oui, répondit-elle… mais la destinée n’est pas la vie. La destinée, c’est Dieu, sous ses voiles, gardant le secret imposant de sa providence, tandis que la vie, Néel, c’est nos volontés qu’il faut sacrifier et soumettre : et à qui les sacrifierions-nous, si ce n’était pas à nos pères ?

— Ah ! vous ne m’aimez pas ! s’écria enfin l’ardent jeune homme, à qui la réponse de cet ange trop pur pour nos amours de poussière donna le courage d’éclater et de lancer le mot terrible qu’il n’avait jamais osé dire…