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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/221

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mée, étouffante, — et qui ne demandait plus qu’à s’ouvrir !

— Oui, reprit-il, toujours s’animant davantage, — s’enivrant avec sa propre voix comme avec ses pensées, comme avec ce visage souffrant et rougissant qu’il avait devant lui et qui lui réverbérait sa pudeur, — oui, je résisterais même à ma mère ! même à la vôtre !

Et il indiqua des prunelles le portrait de cette mère dont il savait l’histoire, — car dans leurs causeries, ces enfants, ces amis de dix-huit ans, loin du monde, s’étaient tout appris de leur passé. Néel savait l’enfance de Calixte, et sa naissance, et la mort cruelle de sa mère, et pourquoi Calixte portait toujours cet étroit bandeau qui cachait la croix vengeresse aux yeux troublés de Sombreval.

. . . . . Un jour même, en revenant de chez la Malgaigne, où ils étaient allés tous deux, sous la garde de leurs purs dix-huit ans et de la confiance du vieux Sombreval, elle avait, à la prière du jeune homme, détaché ce bandeau jaloux qui si souvent avait impatienté le regard de Néel, et elle lui avait montré, — au grand jour, dans toute sa gracieuse et demi-sphérique plénitude, — ce front… qui était un calvaire et dont la croix, — s’élevant d’entre les sourcils pâles, — augmentait la tristesse native