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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/220

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main sur les cheveux de cette tête à moitié slave, où soufflait toujours un peu le vent des Ourals ou des plateaux de la Moscovie. Pour faire tomber toutes les tempêtes, il lui suffisait d’un regard.

— J’ai toujours été respectueux pour mon père, reprit Néel après un silence, mais ma mère, que j’ai perdue si tôt, ma mère, que vous appeliez l’autre jour un poème de tendresse inédit que j’ai dans le cœur, tant je sens que je l’aurais aimée ! ma mère serait vivante et me défendrait de venir au Quesnay, comme j’y viens, que je me trouverais la force de lui désobéir !

C’étaient là des paroles si nouvelles dans la bouche de Néel de Néhou, que la jeune fille resta silencieuse. Comprenait-elle le sentiment qui se débattait et commençait de se montrer dans la révolte de ce langage ? La pudeur alarmée de la femme l’avertissait-elle que Néel allait enfin, dire tout haut, le mot de l’amour, si longtemps retenu sur ses lèvres, et en tremblait-elle, cette sensitive ?

Toujours est-il qu’un faible rose traversait ses joues pâles et qu’elle avait abaissé la frange d’or de ses paupières sous les regards du jeune homme, qu’elle n’avait jamais vus si expressifs. Elle était restée assise comme lui était resté debout, les bras sur sa poitrine, jusque-là fer-