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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/219

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familière qui lui venait aux lèvres parce qu’il souffrait, — qui lui venait de pitié et, qui sait ? peut-être d’une confuse tendresse, il la regarda d’un air de reproche. Il était pâle presque autant qu’elle, et ses yeux brillaient d’un bleu si foncé qu’il touchait au noir.

— C’est donc vous qui dites cela ! s’écria-t-il d’une voix tremblante, — c’est vous qui me dites de ne plus venir au Quesnay ! — Et il pesa de tout le poids de son âme sur ce mot vous.

— Oh ! Néel, ne soyez pas injuste, — reprit la jeune fille, — vous savez bien que je ne vous dirai jamais… ce que vous venez de prononcer. Mais ne faut-il pas obéir à son père, même quand il aurait tort, — mon ami ?

— Et pourtant je n’obéirai pas ! dit Néel avec l’obstination qui n’entend plus que soi, et qui est sourde à tout le reste, même à la voix qui lui donnait des noms si doux.

Elle ne l’avait jamais vu ainsi. Elle le savait violent et quelquefois, dans leurs promenades autour du château, elle avait été témoin des élans de ce caractère dont les emportements attestaient l’ardeur, mais toujours elle l’avait ramené, gouverné avec un mot, une inflexion de voix, un sourire.

Comme la Catherine de Pierre le Grand, elle n’avait pas besoin de poser sa magnétique