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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/218

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Il était debout devant elle ; il fit un geste d’assentiment à ce qu’elle disait, rapide et presque menaçant.

— Oui, n’est-ce pas ? C’est cela. J’ai deviné, reprit-elle. Ce n’était pas bien difficile de deviner ! Votre père doit avoir pour nous la haine et le mépris qu’a toute la contrée. Si, dans le fond de mon âme, je me suis parfois étonnée d’une chose, c’est qu’il vous ait si longtemps laissé venir chez nous !

— Il ignorait que j’y vinsse, répondit Néel, — mais ne dites pas nous, mademoiselle. Il vous a vue à l’église, et il sait par monsieur le curé de Néhou que vous êtes un ange de bonté et de vertu, peut-être l’ange rédempteur de votre père : mais votre père… c’est lui… »

Il hésitait, de délicatesse.

— Oui, — dit-elle, — lui ! voilà l’obstacle. Le vicomte Éphrem ne veut pas que son fils voie mon père… un… ! — Elle s’arrêta comme Néel s’était arrêté, et ses yeux, pleins d’une intraduisible pensée, s’élevèrent sur le portrait de sa mère dans son panneau noir. — Ce n’est pas à moi, reprit-elle, à juger s’il a tort ou raison, monsieur votre père, mais vous Néel, vous devez obéir. — Dans un autre moment, une telle appellation aurait enivré l’amoureux jeune homme, mais, dans un autre moment, Calixte l’aurait-elle osée ?… Malgré la puissance de cette appellation