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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/217

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elle eût voulu toucher cette poitrine qui ne répondait pas.

— Mais c’est moi, — dit Néel à son tour.

— Vous ! dit-elle, les yeux déjà grands ouverts et la tête droite. Dans leur familiarité de deux mois, elle ne lui disait plus guère Monsieur, et elle ne l’appelait pas Néel encore. Pour elle, il était à cette heure de nuance adorablement indistincte dans les sentiments de notre âme, où l’être qu’on va peut-être aimer s’appelle vous.

Mais elle avait vu du premier coup d’œil que le Néel qui était là n’était pas le Néel de la veille. Il avait sur le front un orage et dans les yeux quelque chose de sombre qui n’était pas le doux rayon bleu qui faisait un ciel de ce regard.

— Oh ! mon Dieu ! dit-elle avec l’instinct sagace de la femme, y a-t-il un malheur à Néhou ?

— Oui, — dit impétueusement Néel à son tour, — il y a un malheur, car le fils y désobéit à son père, et le père n’y écoute plus la voix de son fils. — Et comme effrayé de ce qu’il avait à dire, il s’arrêta.

Elle avait compris.

— Votre père, — fit-elle d’une voix un peu altérée et en baissant les yeux avec un embarras qui la rendait plus touchante, — votre père ne veut plus que vous reveniez au Quesnay !