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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/216

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l’enveloppement d’un triple silence, elle entendit le froissement de la portière de soie :

— C’est vous, père ? fit-elle sans bouger et sans remuer les paupières.

Dans son attitude, elle était charmante. La tête, rejetée en arrière pour l’appuyer mieux contre le bois de la fenêtre, déployait toutes les grâces de son cou de cygne. Son menton relevé ne l’était pas assez pour cacher sa bouche à moitié entr’ouverte et les plans fuyants de son front et de ses joues pâles.

Un statuaire qui aurait voulu sculpter la Douleur aveugle aurait choisi cette tête renversée, aux yeux clos, au bandeau sur le front, et, pour en faire le plus attendrissant des chefs-d’œuvre, n’aurait pas eu besoin de l’idéaliser !

Néel n’avait pas répondu. Il s’était doucement avancé, en marchant sur ces tapis comme on marche sur le bord d’un gouffre, pour voir tout à son aise, ne fût-ce qu’une seconde, cette tête dont il était fou, et qu’il n’osait pas regarder quand elle avait les yeux ouverts, car elle l’avait rendu timide.

— Oh ! Je vous entends bien, père, — fit-elle en souriant de dessous ses paupières toujours fermées, — et par un mouvement d’enfant naïf elle tendit la main en avant, tout en laissant sa tempe à la même place, — comme si