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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/215

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La pensée qu’en souffrant pour lui elle ramènerait peut-être à Dieu l’âme de son père, et qu’elle faisait, s’il échappait à l’enfer, une partie de son purgatoire, lui fermait la bouche à toute plainte et y étendait l’héroïque sourire d’une résignation presque joyeuse.

Sa tête, qui était le siège de son mal, elle l’avait appuyée contre le bois de la fenêtre, que le vent du nord-est qui soufflait de l’étang faisait doucement et tristement bruire, et elle avait longtemps, à travers l’espèce de voile que la somnolence des douleurs névralgiques finit par étendre sur les yeux à la fin des crises, regardé cet étang immobile où tombaient des feuilles jaunes et parfois aussi quelque oiseau d’automne, quelque grèbe qui tirait vers Néhou et ses marais, et s’abattait, une pause, dans cet étang qui ressemblait à un marécage.

Fatiguée même de cette manière de regarder, elle avait fini par fermer les yeux à l’étang, au ciel gris, aux écumes fumeuses de l’Élavare, et si elle ne dormait pas, elle paraissait endormie.

Néel, qui, pour entrer, n’avait eu qu’à écarter la portière, crut que l’assoupissement l’avait prise ; mais dans le silence profond du salon, — du château tout entier, — et de la pièce d’eau qui stagnait par ce côté-là sous les fenêtres, ce qui faisait autour d’eux comme