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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/214

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et l’on commençait d’entrer en automne, quand un jour les Herpin, qui versaient en tas leurs bannerées de pommes mûres sur des nappes blanches posées à terre, à la porte de leur pressoir, aperçurent Néel monter avec plus de hâte que jamais le perron du château, et sans sonner, selon son usage, ouvrir la grande porte vitrée, — puis s’enfoncer dans le vestibule que cette porte-fenêtre éclairait.

— Jour de Dieu ! dit le vieux père Herpin, c’est-y-pas encore monsieur Néel qui monte quatre à quatre le perron ? Il vient donc tous les jours maintenant ? car il était là hier encore et il n’est parti qu’à la tombée.

Le vieux futé d’Herpin n’avait pas la berlue : c’était bien Néel. D’ordinaire, pourtant, il ne venait point au château deux jours de suite, et Calixte, qui l’avait vu la veille, ne l’attendait pas.

Croyant passer seule la journée, elle s’était assise dans le salon à la place qu’elle avait adoptée ; mais ce jour-là elle était oisive. Elle avait beaucoup souffert dans la nuit et dans la matinée. Elle avait eu une de ces crises dont elle ne parlait pas toujours à Sombreval, de peur de l’inquiéter d’abord, — ensuite de peur d’être soulagée, car cette Souffre-douleur chrétienne adhérait à son martyre et ne désirait pas l’abréger.