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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/202

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entendre qu’un mouron[1] les ébraits[2] des milleloraines des élavares et les risées des huarts moqueurs[3]. Plusieurs fois j’ai marché sur lui et lui ai adressé la parole, l’adjurant de me répondre au nom du Dieu vivant et miséricordieux : mais il s’est toujours éloigné lentement, d’un air sombre, muet comme un esprit condamné dont le sort ne peut être changé ni par aumônes, ni par larmes, ni par prières, ni par aucune intervention humaine de ce côté-ci ni de l’autre de l’éternité.

Et marchant plus vite, et frappant de son bâton la terre comme si elle était obsédée de la pensée fixe qu’elle voulait secouer :

— Toi aussi, tu rôderas comme lui, Sombreval ! s’écria-t-elle. Toi aussi tu viendras poser pour la rafraîchir ta tête lasse de l’enfer et brûlante sur la pierre des douis et dans la rosée des marais ! N’es-tu pas comme lui un meurtrier ? Qu’importe avec quoi on tue, si l’on tue ! Quelques gouttes de sang sur une veste blanche, Dieu les apercevrait donc mieux que toute la marée de celui de ton père, de ta femme, de ta fille et jusque de ton Seigneur Jésus-Christ,

  1. Salamandre qui doit son nom à sa couleur.
  2. Cris.
  3. Farfadets que l’on croit occupés à huer les hommes et à se moquer d’eux.